Repenser la ville

Nous sommes otages du COVID-19. Y aura-t-il une nouvelle normalité ?

16.06.2026
Repenser la ville

Certains pays affrontent la pandémie par l'autodiscipline ; d'autres s'appuient sur des systèmes de surveillance invasifs. Ces deux approches ont leurs mérites et leurs limites. Pourtant, elles convergent toutes deux vers le même point : l'urbanité. Cet espace humain partagé où nous exprimons l'inexprimable et ressentons la présence des autres.

Les rythmes et les sensations indescriptibles que toute ville éveille chez un observateur suffisamment attentif témoignent d'une « saveur » intangible, construite par les accords tacites de ses habitants. Ces sensations sont largement médiées par la vie sociale des espaces publics poreux qui traversent chaque ville. Générer ces espaces de convergence et de vibration synchronique dépend de la capacité à mobiliser à la fois les espaces publics et les espaces privés partagés.

Nous sommes otages du COVID-19

Y aura-t-il une nouvelle normalité ? Sans aucun doute, une normalité dans laquelle la science, la technologie et la capacité de l'État à les coordonner pourront engendrer de nouveaux équilibres sociaux. Des espoirs et rumeurs de vaccins qui circulent parmi les grandes puissances aux mesures de protection individuelle que nous pouvons adopter pour continuer à coexister, la vie urbaine perdurera.

Retrouver une forme de normalité exigera des infrastructures complexes et des systèmes d'information en temps réel intégrant des indices de risque et des données sur la probabilité de contagion. Des dispositifs tels que ceux de Google et d'Apple, développés conjointement avec divers gouvernements, sont accessibles au public et permettent une intelligence épidémiologique urbaine. Ils rendent possible la cartographie des vecteurs de contagion, la délimitation de zones selon leurs caractéristiques spécifiques, et in fine la diffusion d'informations en temps utile pour que les populations ajustent leurs comportements décisionnels. Je reconnais que ce dernier point prête à critique, les êtres humains n'étant pas des acteurs particulièrement rationnels ; mais un meilleur accès à l'information influe bel et bien sur le type de décisions que nous prenons.

Ces systèmes fonctionnent. Dans de nombreux pays asiatiques, ils sont déjà opérationnels, fournissant des informations à la fois à l'État et aux individus (une question distincte, véritablement intéressante, est de comprendre pourquoi la solidarité communautaire tend à primer sur l'intérêt individuel en Asie). Cela permet aux gouvernements de développer une intelligence sur les interventions directes qui auront le plus grand impact dans la réduction de la contagion et l'expansion des zones sécurisées face au COVID.

La nouvelle normalité, façonnée par le caractère excluant qui caractérise déjà de nombreuses villes, se déploiera en fonction de la manière dont ces systèmes créent de nouveaux espaces sécurisés et de qui y aura accès. Grâce à ces données, il devient possible d'optimiser la détection et la réduction des vecteurs de contagion liés à des territoires spécifiques. Il en résultera une nouvelle normalité dans laquelle certains auront accès à des pôles à haute sécurité sanitaire et d'autres non. Les dimensions d'équité et d'égalité de la santé publique rendent indispensable une action étatique décisive, dans sa capacité régulatrice.

Tant que la capacité mondiale de dépistage ne pourra pas atteindre des millions de tests par jour, il restera impossible de contenir un virus hautement contagieux. Cette infrastructure est également précieuse à l'échelle mondiale pour stopper rapidement toute flambée virale ou bactérienne. Il suffit de rappeler qu'afin de protéger Wuhan, la Chine a accompli ce qui semblait impensable pour l'Occident : 10 millions de tests en 14 jours. Cette infrastructure et ces capacités sont désormais accessibles à l'échelle planétaire, et il appartient à ceux qui croient en l'égalité et en l'équité de veiller à ce que la technologie serve une réalité meilleure et plus juste pour tous.

Questions fréquentes

Comment le COVID-19 va-t-il transformer durablement la vie urbaine ?

La vie urbaine se poursuivra, mais dans de nouveaux cadres de surveillance épidémiologique, d'espaces publics indexés selon le risque et de systèmes d'information en temps réel qui aident à la fois les gouvernements et les individus à prendre des décisions plus sûres.

Quel rôle joue la technologie dans la ville post-COVID ?

Les systèmes développés par Google, Apple et divers gouvernements permettent une intelligence épidémiologique urbaine, aidant à cartographier les vecteurs de contagion, à identifier les zones à haut risque et à fournir des données en temps utile pour influencer le comportement des populations.

L'accès aux espaces urbains sécurisés sera-t-il équitable après le COVID-19 ?

Pas automatiquement. Le risque est que des pôles à haute sécurité sanitaire émergent pour certains et pas pour d'autres, rendant indispensable une régulation étatique décisive pour garantir un accès équitable aux environnements urbains sécurisés.

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